Historique

L'histoire d'un Club

C'est en 1923 que Jean Motte a créé le Club des Sports de Megève, mais ce n'est que le 17 Juillet 1931 qu'une déclaration fut enregistrée à la Sous-Préfecture de Bonneville. Son but ? favoriser la pratique des sports... et la préparation militaire ! 14 ans plus tard, au sortir de la guerre, on demandera d'ailleurs l'aide d'une centaine de prisonniers de guerre allemands, pour la prochaine saison d'hiver ! A la même époque, se créait un Syndicat d'Initiative à Megève.

C’est à partir de 1934 que seront consignées dans un registre les décisions prises par le Club. A titre de renseignement, voici d’ailleurs la liste des membres du Bureau de 1933 : Messieurs Maisonny, Président – Gouttry, Vice-Président – Philippe, Secrétaire, Loyau, Trésorier.

La liste des membres ne manque pas d’intérêt et rappellera sans doute quelques souvenirs : Emile Allais, Joseph Marin, Clovis Morand, Georges Reussner, Henri Gouttry, André Morand, Albert Morand, Giazzi. A noter qu’à cette époque, Marc Maisonny demande déjà la création de tennis, on envisage aussi la reprise du golf du Mont d’Arbois, l’architecte Le Même remplace Marc Maisonny à la présidence du Club, et Bernard Le Goff, qui dirigera plus tard l’Office du Tourisme, devient Secrétaire du Club.

Un tremplin de saut existe, qui nécessite la chasse aux spectateurs qui ne veulent pas payer ! En 1936, ce tremplin de saut est mis à la disposition du Comité de Paris.

Emile ALLAIS, triple champion du Monde !

Le 13 Février 1937, Emile Allais, sur la Piste Verte des Houches, recouverte de neige fraîche, mal damée, l’emporte avec la bagatelle de 13 secondes d’avance sur le Pyrénéen Maurice Lafforgue. Dans la foulée il remportera le slalom ainsi que le combiné.

La période de la Guerre

C’est une période de transition : le Président Le Même est remplacé par le Docteur Carle en 1940. Le Grand Prix de Megève existe toujours, mais on se plaint d’ une charge trop lourde à supporter par le seul Club.
On notera l’équipe de course de 1941 : Louis Seigneur, Roland Allard, Armand Socquet, Roland Socquet, Ulysse Chatellard.

En 1945, Emile Allais est nommé Président d’Honneur du Club, dont la présidence effective revient à Monsieur Plotton, avec Bernard Le Goff et Georges Reussner comme vice-présidents, Georges Panisset comme secrétaire, et Fourny comme trésorier.

L'Après-Guerre

La guerre terminée, l’activité reprend de plus belle au sein du Club des Sports. En 1946 deux postes sont créés, celui de directeur sportif qui échoit à Kurt Wick, puis à François Tissot, et celui de directeur administratif, à Jean Peytavin.

On met alors en chantier un programme copieux pour la saison 1946/47, avec 37 épreuves en ski alpin, ski de fond, curling, patinage. Une Section Cross voit le jour. A noter un geste superbe à l’occasion du Grand Prix de 1948 : les hôteliers ont accepté de recevoir gratuitement coureurs et officiels !

On notera aussi l’accession à la présidence du Club de Jacques Vibert, qui la conservera jusqu’en 1979, soit 31 ans, Jean Peytavin est alors vice-président, et Romain Morand est le premier directeur sportif appointé.
Des compliments vont à l’équipe de curling, Championne de France.

En 1952, René Sulpice, Adrien Duvillard, Félix Allard et Joanny Jond sont désignés pour un stage d’entraînement de l’Equipe de France : on ira jusqu’à leur fournir le matériel nécessaire !

Vie et mort des sections

Un Club omnisports doit suivre les contraintes et les modes . C’est ainsi que le Saut, qui faisait partie des fonts baptismaux du Club, cessa ses activités. Et pourtant, au Calvaire, le Président Mortier se battait pour animer un sport-spectacle très prisé, avec même des entrées payantes. Mais le grand tremplin, et les 2 ou 3 petits tremplins, ont tous disparu ….
Disparu aussi le Hand-ball, faute peut-être de motivation. Disparue également la section Pétanque. Et pourtant, comme sa cousine la Lyonnaise, dont les destins sont parallèles, elle a connu une période faste, avec notamment des tournois qui comptaient parmi les plus prisés de la région. Mais là aussi, les motivations et les effectifs ont fondu …Quelques années plus tard,c'est au tour de la section tir à l'arc de déposer les archers!

Les sports nouveaux sont apparus, comme le Cyclisme, dont l’Ecole a compte parmi les plus performantes du département,avant de disparaitre faute d'encadrement . Puis le Parapente, qui, avec le spécialiste Blandin, a obtenu des résultats spectaculaires. Récemment encore, trois jeunes du Collège de Rochebrune ont obtenu le titre de Champions de France des Collèges.

Le Ski acrobatique a suivi une évolution fulgurante, avec des participations plus que prometteuses dans les compétitions internationales ,pour connaitre un moment trés fort avec la médaille de bronze de Richard GAY à Salt Lake City en 2002.

Ces naissances ne sont pas toujours aisées, et c’est au forceps que s’est faite celle du Tennis sous le double prétexte que le tennis mégevan avait un lourd antécédent avec un club privé ayant laissé une ardoise, et que les tennis du Palais des Sports étaient gérés par la Municipalité et non par le Club des Sports ! Il fallut l’intervention du Ministre des Sports, Joseph Comiti, et du Colonel Crespin, responsable du mouvement olympique, pour que tout rentre dans l’ordre. On notera que très vite, la Fédération de Tennis appréciera le travail fourni : c’est ainsi qu’en 1976, Yannick Noah, sur le chemin de la gloire, faisait escale à Megève où il fut battu en demi-finale par son professeur, Patrice Beust, ce dernier éliminant en finale le fils du Président du Tennis Dauphiné-Savoie, Jean Lovera. Notons aussi que ces Tournois très cotés ont connu leur apothéose avec en 1980 un tournoi qui regroupait 11 premières séries françaises, avec la victoire finale de l’éternel espoir, Georges Goven.

Yannick Noah et Henri Leconte reviendront à Megève en match exhibition, le 8 Juillet 1991.

Ski alpin : 79 ans de compétitions de haut niveau avec notamment le Grand Prix de Megève

Il y a 70 ans, le ski alpin ne faisait pas recette. Emile Allais était plutôt passionné de hockey sur glace et de ski de fond. La venue à Megève de professeurs autrichiens, comme Otto Lantschner, et surtout la création, en 1933, du téléphérique de Rochebrune, et en 1934, de celui du Mont d’Arbois, allaient changer les données du problème.

Emile Allais devient triple Champion du Monde en 1937 (descente, slalom et combiné).

Après la mise en veilleuse durant la guerre, c’est un renouveau flamboyant avec la création, en 1950, de la fameuse Piste Emile Allais, et en 1951, du premier Grand Prix de Megève combinant la descente à Rochebrune, et le slalom, sur les pentes de l’Auguille. Roger Allard remporte cette première édition, sur la descente mythique, où vont triompher Toni Sailer, Charles Bozon, puis Adrien Duvillard, double vainqueur en 1956 et qui, 4 ans plus tard, dans le fief sacré de Kitzbühel, met fin à l’hégémonie autrichienne en remportant descente, slalom, et combiné. Les Killy, Schranz, Périllat, Penz, mettront ensuite leur nom au palmarès.

Mais en 1970, l’épreuve prend un tour dramatique avec la mort de Michel Bozon, jeune espoir chamoniard de 20 ans qui, dans la benne de Rochebrune, nous avait confié : « il faut que ça passe ou que ça casse …» Hélas, le fameux « mur » de Borné lui fut fatal. Par la suite d’ailleurs, on modifiera le tracé, et finalement, la piste fut supprimée en 1976. On notera que la course, étant donné sa célébrité, attirait un grand nombre de spectateurs payants, très intéressés par le saut aléatoire de la route du Leutaz.

La piste Allais interdite, il fallut se rabattre sur la Cote 2000, qui a été le théatre de nombreuses courses: Coupes du Monde, Championnats du Monde Juniors,Coupe d'europe ,Championnats de France ,avec le titre en slalom en 2001 pour Stéphane Tissot,et de nombreuses FIS, avec des podiums mégevans.

Le Hockey, activité majeure

Le hockey a toujours eu les faveurs du public à Megève. Au début, les matches, sur la patinoire centrale attiraient beaucoup de monde. Les rencontres avec St Gervais ou Chamonix étaient assez musclées.

Puis vint le Palais des Sports et la structuration en Hockey majeur et Hockey mineur, ce dernier cher au Président Guy Durr. Vint ensuite le rapprochement Megève-St Gervais.

Cette entente, dont Pierre Pastéris est le responsable pour Megève, nous vaut des rencontres de haute qualité, suivies par un public enthousiaste. Mais cette association, souffrant de difficultés financières, ne pourra survivre, malgré deux titres de Champions de France. Cela n’empêchera pas Philippe Bozon, pur produit du Club, de devenir un hockeyeur de stature européenne, avec également une incursion dans le Championnat des Etats-Unis. Philippe BOZON présent maintenant au panthéon du hockey mondial pour l'ensemble de sa carrière.Grandiose!

Le Club organisera aussi les Championnats du Monde du Groupe B, en association avec Lyon, à l’issue desquels l’équipe de France gagnera sa place dans le Groupe A.

On n'arrête pas le progrès : des longues lanières aux skis actuels

Sur la quinzaine de sports, représentés au Club de Megève, certains n’ont reçu que des modifications de détails : course à pied, curling, natation, judo, patinage.

D’autres ont évolué de manière spectaculaire, comme le tennis, mais le sport qui a connu les plus grandes mutations, c’est sans doute le ski (ski alpin et ski de fond). Qui se souvient encore des « longues lanières » ? En cas de chute, c’était le ski ou la jambe … Puis sont venues les fixations de sécurité, les skis plus résistants, plus performants, comme par exemple ceux utilisés par Adrien Duvillard : skis noirs métalliques. Actuellement, skis, fixations, chaussures, n’ont plus rien à voir avec le matériel d’avant-guerre. Les longs skis se sont raccourcis, et les skis de slalom de nos Champions arrivent maintenant à peine aux aisselles …

La préparation des pistes a elle aussi connu des changements spectaculaires : finie depuis longtemps l’époque où l’on damait les pistes de descente avec les skis, et les parcours de slalom avec ses chaussures ! Le temps où, à l’Alpette, on voyait à peine les skieurs d’une bosse à l’autre est bien révolu.

Les chances étant devenues presque égales pour tous les compétiteurs, les temps de course se sont forcément resserrés. Fini le temps d’un Emile Allais, Champion du Monde de descente avec 13 secondes d’avance ! Il fallut assez vite abandonner l’oignon du grand-père pour utiliser des chronomètres avec rattrapante. Pour faire face à toute éventualité, Jean Peytavin était très fier de montrer une batterie de 4 chronos ! Dans l’après-guerre, comme les secondes de descente n’avaient pas la même valeur que les secondes de slalom, il fallait utiliser des barèmes compliqués pour changer les secondes en points. C’était l’époque où les cabanes de chronométrage étaient bruissantes d’activité, une « topette de gnôle » circulant de bouche en bouche.

Maintenant, avec les appareils ultrasophistiqués, seul dans sa cabane, le chronométreur s’ennuie ….

Une remarquable stabilité de l'équipe dirigeante

Ce qui frappe dans l’histoire du Club des Sports, c’est la stabilité des responsables. Au niveau des Présidents, Jacques Vibert, élu en 1948, céda sa place à Guy Muffat en 1979. Ce dernier, également Président du Comité du Mont-Blanc, abandonna ses fonctions de Président du Club en 1995, au profit de Gérard Apertet, par ailleurs directeur de l’Ecole de Ski, ce qui assure une parfaite cohérence dans la pratique du ski.

Au niveau du poste de Directeur sportif, on notera que Jean Peytavin, qui avait travaillé bénévolement pour le Club dès l’après-guerre, puis fut ensuite rémunéré, a laissé sa place en 1983 à René Sulpice, l’ancien entraîneur de l’Equipe de France de ski. Enfin, depuis 1995, c’est Gilles Fossoud qui joue un rôle déterminant dans la gestion sportive du Club des Sports.

Pour la gestion d’une des plus importantes Sections du Club, le ski alpin, on notera que Louis Maillet-Contoz, après un long travail au bénéfice des descendeurs et des slalomeurs, a cédé sa place en 1974 à Henri Grosset, dont la disparition en 1998, a jeté la consternation dans tous les milieux. Ensuite, c’est Henri Duvillard qui met au profit des jeunes, son expérience de champion ,avant de céder la place à Lucien Maillet-Contoz.

Ajoutons que la lecture des compte-rendus des réunions du Club est édifiante. On y voit beaucoup de motifs de satisfaction, avec l’éclosion de jeunes talents, comme celui d’Aurélie Storti en ski de fond. Mais on y note aussi des remarques qui font froid dans le dos, comme l' année 1997 : « ski alpin : on déplore 3 accidentés, Adrien Duvillard, David Pretot et Nicolas Burtin », en Décembre 2006,c'est au
tour de Stéphane Tissot :fracture tibia,alors que la saison s'annonçait pleine de promesses avec les Jeux de Turin.Sans parler des ruptures de nombreux ligaments!

Vers un avenir prometteur

On l'a vu, des Sections naissent, vivent et meurent

Mais d’autres, beaucoup d’autres, restent vivaces. Par ordre alphabétique, citons le Curling, qui peut revendiquer une sorte de suprématie en France. Le souvenir des frères Sulpice, qui au « Trou du Curl » savaient encourager les vocations et fêter leurs amis, aura encore de fructueux prolongements.

Le Cyclisme reste une valeur sûre : l’Ecole de Cyclisme est l’une des plus performantes de Dauphiné-Savoie.
Le Football ne bénéficiait pas au départ de conditions optimales : altitude, neige, terrain, etc.. ; et pourtant il y a toujours eu des effectifs bien garnis, et avec le succès de l’Equipe de France, cet engouement ne pourra que croître.
Le Patinage a eu ses heures de gloire. La Section actuelle a de beaux jours devant elle.
La Natation continue de glaner d’excellents résultats sur le plan régional, avec de nombreux titres, et une continuité dans la formation des jeunes mégevans.
Le Parapente est une discipline nouvelle, elle n’a pas manqué de séduire nombre de jeunes qui, avec le site de Rochebrune, s’élèvent par leur technique, à un niveau national.
Le Judo fait preuve d’une remarquable constance dans les effectifs et dans les résultats. Son attrait reste constant auprès des jeunes.
Le Ski alpin est plus que jamais une des sections prééminentes du Club des Sports. Depuis Emile Allais, et son triple titre de Champion du Monde en 1937, depuis le coup de tonnerre de 1960 à Kitzbühel, où Adrien Duvillard père remportait descente, slalom et combiné à la barbe des Autrichiens, depuis les succès de Roger Allard, Gérard Pasquier, Georges Panisset, Henri Duvillard, Adrien Duvillard fils, Nicolas Burtin, pour ne nommer que ceux-là, le niveau est resté très très haut, y compris du côté des filles.Avec de nouveaux talents comme Marion Allard ou Aurélie Marchand.

Les nouvelles glisses ont vu aussi éclore de jeunes talents, très prometteurs en Ski acrobatique, comme Richard Gay, médaillé de bronze aux Jeux de Salt Lake City en 2002, et Kathleen Allais, également sélectionnée olympique cette année. S'ajoute cette année 2003 ,la victoire de Valentine Scuotto dans le classement général de la Coupe du Monde Skiercross.
Le Ski de fond, initié par Henri Woehrling, a eu aussi un essor spectaculaire, avec notamment les frères Vallet dont l’un, Cédric, avait été retenu pour les Jeux Olympiques de 1992 au Col des Saisies, et de 1994 à Lillehammer. Depuis, d’autres talents très prometteurs se révèlent, en ski de fond, comme les sœurs Storti : Aurélie, sélectionnée olympique, et Cécile, vice-championne du Monde Juniors, mais aussi en biathlon avec Vincent Porret et Rémy Borgeot ,tout deux médaillés aux Championnats du monde juniors.
Nous avons déjà parlé du Tennis, qui connaît un renouveau, tant sur le plan formation des jeunes, que sur celui de l’organisation de tournois appréciés.

Nous avons souligné les progrès techniques enregistrés, depuis les chronomètres jusqu’aux cellules photo-électriques ; un peu de nostalgie peut-être en se souvenant de l’époque où, entre les tiers-temps des matches de hockey, on se précipitait pour boire le vin chaud préparé par Gaston ; du temps aussi où les compétitions de ski drainaient une foule énorme ; où à la patinoire du Palais des Sports une foule enthousiaste encourageait les grandes équipes de hockey, ou les galas de patinage commentés par Léon Zitrone.
La gestion du Club des Sports a elle aussi bénéficié des progrès techniques, évolution de l'informatique,site internet. Toutes ces innovations et cette évolution ont étè possible grace aux subventions des deux Communes : Megève et Demi-Quartier qui participent à l'équilibre budgetaire du Club qui se montait, pour l' exercice 2009 à 1 550 000 € de charge.

Enfin, s’il fallait des chiffres pour prouver la vocation sportive de Megève et de Demi-Quartier, il faut retenir que le Club compte plus de 1350 licenciés dont 68 % de moins de 18 ans.

Hubert RUGGERI
Secrétaire Général de 1955 à 2000 réactualisé septembre 2009